La Fondation Vallet : première fondation privée dédiée à l’éducation des jeunes défavorisés au monde

La Fondation Vallet a récemment remis sa 5.000e bourse d’études en France et sa 50.000 e dans le monde lors d’une cérémonie à la Sorbonne. Cela en fait la première fondation privée dédiée à l’éducation des jeunes défavorisés au monde, à en croire celui qui en est à l’origine : Odon Vallet. Cette structure philanthropique, placée sous l’égide de la Fondation de France, dispose aussi du plus grand réseau de bibliothèques en Afrique francophone, avec 1 million de lecteurs, soit plus encore que la BNF. Elle finance également le plus grand centre d’apprentissage de l’anglais et de l’allemand. « Ce sont aussi des actions antiradicalisation. C’est important d’être présent en Afrique, car la France l’a trop désertée. Sinon, ce continent basculera », commente Odon Vallet, docteur en droit et sciences des religions, professeur à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

Au profit de l’éducation

En 1999, avec son frère Jean-Daniel, il a choisi de faire don d’un important patrimoine reçu en héritage au profit de l’éducation de jeunes défavorisés, en choisissant des cursus et parcours peu soutenus ailleurs. « Nous avons identifié un déficit d’aide pour les élèves des écoles d’arts appliqués et lycées professionnels et technologiques liés aux métiers d’art de l’Académie de Paris. Même chose pour l’hôtellerie », précise Odon Vallet. C’est pourquoi la fondation finance, chaque année, les études supérieures de 300 étudiants brillants et méritants, issus de milieux modestes, dans l’art (Boulle, Gobelins, Femis, Olivier de Serres…) et dans la gastronomie-hôtellerie (Ferrandi, Guillaume Tirel).

Par ailleurs, à l’international, elle apporte également son soutien à des élèves béninois et vietnamiens, en facilitant la venue en France des meilleurs pour poursuivre leurs études. « Le Bénin, nous l’avons choisi parce qu’il s’agit d’un pays francophone, stable et démocratique. Le Vietnam, parce que ce pays en forte croissance est celui qui offre le meilleur rapport qualité-prix pour faire ses études », poursuit Odon Vallet. Parmi ses anciens boursiers, la fondation compte 225 polytechniciens, dont beaucoup de Vietnamiens, 350 médaillés aux Olympiades mondiales de mathématiques, physique, chimie, biologie et informatique. « Mes boursiers évoluent aujourd’hui dans des univers variés et j’espère que, à leur tour, ils remettront, eux aussi, des aides à des jeunes qui en ont besoin », relève encore le mécène.

50 millions d’euros

La fondation a été dotée d’un capital de 50 millions d’euros, qu’Odon Vallet a placé et s’emploie à faire fructifier pour assurer la pérennité de la structure caritative. L’intellectuel exigeant s’implique beaucoup lui-même. « Je veux que nous soyons irréprochables. On me surnomme le frère de Sherlock, car je veux voir l’envers du décor, ce qui est caché derrière. La sélection de nos étudiants est très rigoureuse. De fait, le taux de réussite aux examens de mes boursiers français est de 97 %, béninois 95 % et vietnamiens 100 % », se félicite le philanthrope, qui se rend régulièrement aux journées portes ouvertes des écoles.

« Peu de philanthropes sont prêts à s’investir autant et personnellement dans leurs projets », écrivait déjà en 2009 le professeur et prix Nobel d’économie Amartya K. Sen à propos d’Odon Vallet, dans un ouvrage publié dans le cadre du BNP Paribas Prize for Philanthropy. Souvent consulté par d’autres personnes désireuses de se lancer dans le mécénat, cet homme généreux et engagé fait aussi partie du Club du Rond-Point, qui réunit 20 fondations familiales comme Mérieux, Bettencourt Schueller, Mulliez, Brémond. Il estime que « la philanthropie évolue très bien en France. Il y en a beaucoup plus qu’on ne le croit. Mais il n’y a pas encore assez de cohérence, beaucoup de fondations travaillent sur la même chose ». « La bonne équipe, c’est celle qui est sur le terrain », ajoute cet intellectuel qui n’a pas peur de mettre les mains dans le cambouis.

Martine Robert, Les Echos