Pédagogie : L’oeuf et la poule

Il n’est pas rare qu’on critique aux enseignants leur absence d’originalité pédagogique, et leur propension  à ne pas se rendre en cause. Il est vrai que certains profs pensent qu’il faut avant tout, proposer des cours assez solides aux élèves, pour qu’ils puissent faire ensuite des exercices, pour mieux le maîtriser. La poule (ou cours) doit précéder l’exercice (l’oeuf). Or, depuis quelques années, les expérimentations pédagogiques invitent à considérer que l’oeuf devrait précéder la poule. Suivant les sujets, les termes techniques peuvent changer, mais l’élève doit davantage construire son savoir. On veut favoriser la mise en activité. L’élève confronté à des difficultés doit chercher à les résoudre, et ne caricaturons pas, le professeur peut alors lui apporter les connaissances dont il aura besoin. La démarche n’est pas minime, on ne peut se contenter d’une transmission verticale du savoir, du haut (le prof) vers l’élève supposé réceptif.

Le problème, c’est qu’on n’est pas à l’abri de dérapages, ni d’excès de zèle pédagogique. Nicole Ferroni dans son style caractéristique tape fort sur les réformes, qui espèrent voir éclore beaucoup de connaissances, sans au préalable en être passé, par des acquisitions solides. Le leitmotiv est la mise en activité des élèves. En réalité, les intéresser, éviter qu’ils soient trop passifs est une vieille priorité pédagogique. N’exagère-t-on pas le pouvoir de méthodes qui paraissent dispenser les élèves d’efforts sur l’apprentissage des basiques?

En pédagogie, on invente bien moins qu’on ne le pense. Montaigne déjà, préférait une tête bien faite à une tête bien pleine. Il est vrai qu’avec les réformes évoquées, la tête d’oeuf n’est pas la plus recherchée dans notre système scolaire, mais à l’évidence pour faire une tête bien faite, il ne faut pas qu’elle soit trop vide.

Les scientifiques se sont penchés sur la fameuse question de la prééminence entre la poule et l’oeuf. Il semblerait qu’ils aient établi l’antériorité de l’oeuf sur la poule. Un oeuf d’une espèce pourrait donner naissance à une autre espèce.

En matière pédagogique, le débat paraît totalement stérile. Il faut transcender cette opposition, et par un regrettable effet balancier, ne pas dénigrer de manière caricaturale l’intérêt de savoirs solides et structurés.

On doit saluer tous les efforts pour lutter contre l’échec scolaire, et s’intéresser aux différentes pistes, pour que l’école soit moins inégalitaire, mais il faut se garder des modes, qui à force de miser sur les compétences, le rejet des notes, l’autonomie de »apprenants » dérivent parfois en une fuite en avant. En pédagogie, il n’est pas plus utile de rechercher des gallinacées que des panacées. Moralité: le pédagogue devrait moins chercher de poils sur les oeufs.